Le syndrome du "sauveur"


Dans nos relations de couple, nous pouvons développer sans nous en rendre compte un comportement nocif même s’il est bien intentionné. Vouloir venir en aide aux autres est parfois révélateur d’un syndrome du sauveur. A l’inverse, certaines relations toxiques nous maintiennent dans un rôle de victime aux mains d’un sauveur qui se joue de nous. Comment reconnaître un profil de sauveur néfaste à la dynamique relationnelle? Comment éviter de transformer une position altruiste en un abus de pouvoir? Pourquoi le syndrome du sauveur peut être la source d'une relation toxique?

Caractéristiques psychologiques

Dans le domaine de la psychologie, les personnes qu’on qualifie de sauveurs regroupent des caractéristiques communes. Ce sont des traits de leur personnalité et des éléments significatifs de leur histoire qui leur donnent une tendance à vouloir sauver les autres. Cela signifie qu’ils veulent à tout prix les aider, au détriment d’une relation saine et équilibrée. On rencontre surtout ce type de problématique dans les relations conjugales.

Les sauveurs sont des personnes altruistes vis-à-vis de leur partenaire, elles lui sont dévouées. Cependant, leurs efforts sont d’autant plus grands qu’elles sont en lutte avec leurs propres conflits intérieurs. Le fait d’aider constamment l’autre et de se maintenir dans ce rôle est une façon pour elles, de rester proches de leur partenaire, et de ne pas montrer leurs failles et leurs blessures.

En effet, ce type de personnalités partagent souvent un passé mouvementé, qui semble en lien direct avec leur attitude dans les relations à deux.

On retrouve fréquemment des situations d’abandon ou de perte durant l’enfance. Il peut aussi y avoir des traumatismes psychiques et émotionnels; ainsi que des relations affectives à sens unique, comme par exemple un enfant qui n’aurait pas reçu l’amour attendu de la part de ses parents.

Si vous pensez être en contact avec une personnalité atteinte du syndrome du sauveur, intéressez-vous à son passé proche et lointain. Il est probable que vous y retrouviez certains des éléments suivants.

Les sauveurs sont susceptibles de développer un comportement autodestructeur: mutilations, addictions dont les addictions aux substances toxiques.

Enfants, ils ont eu une conscience aiguë de la souffrance de leurs parents, qu’ils ont cherché à sauver des épreuves subies (maladie, souffrance psychique, pauvreté, deuil…). A cette époque, ils ont donc déjà mis en place un comportement réflexe, pour venir en aide à leurs proches, et leur éviter ainsi davantage de souffrance. En quelque sorte, ce sont souvent des enfants qui ont très tôt fonctionné comme des adultes, vis-à-vis de leurs propres parents, en prenant en charge les besoins affectifs et émotionnels de ceux-ci.

Ils peuvent avoir été délaissés durant leur enfance, soit tout simplement parce que les parents étaient peu présents, soit parce que les parents ne communiquaient pas véritablement avec eux. Cela peut se retrouver dans tous les milieux sociaux: par exemple, le fait que les parents à table ne parlent pas du tout à leurs enfants ou ne se soucient pas de leurs émotions, peut amener ceux-ci à croire que pour rester aimés des adultes, ils doivent taire leurs sentiments.

Par compensation, l’enfant va tout faire pour se montrer irréprochable et va venir en aide dès que possible à ses parents, en espérant ainsi recevoir enfin l’amour et la reconnaissance dont il a besoin.

Chez les sauveurs adultes, on peut retrouver également un passé de maltraitance physique et/ou émotionnelle, ainsi que des abus sexuels. D’autres développent ce syndrome, à la suite d’une perte: le décès d’un proche fait que l’enfant va tenir un rôle de soutien auprès du parent restant. Parfois, ils ont aussi vécu des menaces de perte d’un parent proche, comme des menaces de suicide ou d’abandon. Pour les adultes atteints du syndrome du sauveur, ce passif lourd peut alors avoir des conséquences directes dans la relation de couple, qui peut ainsi devenir toxique.

Enfin, si vous vous renseignez sur le passé proche d’une personne à personnalité de sauveur, vous découvrirez peut-être qu’elle a connu une succession de partenaires ayant besoin d’être secourus. Par exemple, cette personne sera restée en couple avec quelqu’un ayant elle-même des troubles d’addiction, ou ayant un passé traumatique, ou un tempérament propice à la dépendance affective.

Attitudes révélatrices dans la relation de couple

Ce tableau de signes reflète donc une enfance difficile, avec un manque de reconnaissance des besoins, et un sentiment de ne pas exister aux yeux des autres.

Ce vide affectif va engendrer un ensemble de comportements, qui se développent au cours de l’enfance et l’adolescence. Ils visent à combler les besoins non pris en charge par l’entourage proche et les demandes non exprimées de l’enfant, en souffrance psychologique.

Au cours de l’enfance et jusqu’au début de l’âge adulte, le cerveau est en constante évolution. Le système limbique, zone cérébrale qui est le siège des émotions, est influencé par les événements se produisant durant cette période. L’enfant va développer un attachement aux figures parentales, qui l’entourent. La qualité de cet attachement va en quelque sorte s’imprimer dans son cerveau émotionnel.

Pour reprendre les situations d’enfance évoquées plus haut, un enfant dont les parents semblent indifférents à lui, va se sentir en insécurité émotionnelle. Il aura toujours peur qu’on l’abandonne, qu’on ne veuille pas de lui. L’attachement insécure qui en résulte aura un impact fort sur le sentiment de valeur qu’il s’accorde et sur sa façon de vivre les relations. Il induit chez la personne des croyances pathogènes pour sa vie relationnelle.

A l’âge adulte, on retrouve alors chez les sauveurs des attitudes et des comportements, découlant directement de leur vécu émotionnel enfantin. Ils restent dans la recherche de preuves de leur valeur auprès de l’autre. Pour cela ils développent toutes sortes de stratégies, plus ou moins conscientes, pour recevoir des preuves d’amour de leur partenaire.

En amour, un adulte atteint du syndrome du sauveur, peut alors s'enfermer dans une relation de couple toxique.

Voici les caractéristiques du syndrome du sauveur, dans une relation de couple:

  • il a peur de la distance émotionnelle et fait tout pour rester proche de l’autre, lui demander de partager ses ressentis;

  • il est donc très vulnérable émotionnellement, c’est-à-dire qu’un tout petit événement peut lui faire croire qu’il risque de «perdre» l’autre;

  • il a un grand besoin d’être considéré comme quelqu’un d’unique, ayant beaucoup de valeur. Il cherche sans cesse des preuves qu’il existe aux yeux de son partenaire;

  • il a une tendance à l’autocritique pour se blâmer et ainsi inciter l’autre à le rassurer sur sa valeur, ou bien il va réagir en accusant vivement son partenaire, à le dévaloriser ou le manipuler;

  • il présente une attirance pour les personnes fragiles, qui ont elles-mêmes un passé traumatique ou un vécu d’abandon, donc des personnes à sauver;

  • il a tendance à dominer l’autre, sous prétexte de vouloir l’aider, en prétendant qu’il sait mieux que lui ce qui lui convient;

  • il peut se montrer très agréable et serviable, dans l’unique but de maintenir le lien ou de le renouer s’il y a eu séparation: il ne supporte pas l’idée de l’abandon, la perte de l’amour ou de l’approbation de son partenaire;

  • le sauveur décrit sa relation avec l’autre comme fusionnelle, même si cet avis n’est pas partagé. Il veut croire que l’autre a besoin de lui, au point de ne pas pouvoir vivre sans lui, et donc il entretient le mythe d’un couple inséparable. Il a tendance à nier les problèmes de l’autre, pour ne considérer que son point de vue à lui sur la relation;

  • il agit pour provoquer chez l’autre des sentiments forts, comme pour éviter de se confronter à ses propres difficultés émotionnelles. C’est comme cela qu’il va alors prétendre venir en aide à l’autre, au lieu de prendre en charge ses propres besoins psychiques.

Des profils variés

Les auteures Marie C. Lamia et Marilyn J. Krieger1‌ ont établi une typologie des profils de sauveurs. Il existe des nuances utiles à connaître pour mieux comprendre son propre fonctionnement, ou celui de son partenaire. Car un sauveur n’est pas simplement une personne qui a souffert, et veut aider tout le monde sans rien demander. Le comportement, d'une personne atteinte du syndrome du sauveur, peut se décliner de différentes façons, qui vont rendre plus ou moins difficile d’identifier, à quel moment la relation devient toxique:

  • le surempathique: il est dans l’hyper réaction aux émotions des autres. Il souhaite prendre en charge la peine et les problèmes de son partenaire. Pour lui, le plus important, est de maintenir le lien en offrant son soutien, son écoute, son aide. Par contre, il a terriblement peur d’être abandonné. Par conséquent, il redoute la réussite de son partenaire, car alors celui-ci pourrait se détacher émotionnellement et devenir plus indépendant. Il fait tout pour que l’autre reste en demande et dans le besoin affectif. Il s’inquiète, de façon excessive, et éprouve de l’insécurité sexuelle et de la jalousie.

  • le terroriste/terrorisé: il a connu des événements traumatisants, durant l’enfance, au point d’avoir peur et honte en permanence. En réaction, il va manipuler son partenaire, pour provoquer des situations où l’autre se sent effrayé, jaloux. C’est ainsi qu’il pourra voler à son secours, en dominant l’autre, pour éviter de se confronter à ses propres peurs;

  • l’humilié: non reconnu à sa juste valeur durant l’enfance, il traîne un sentiment de honte. Il cherche à être apprécié et aimé sans condition. Il en résulte un comportement masquant ses fragilités. Il ne veut pas être pris en défaut ni qu’on s’aperçoive de sa vulnérabilité.

  • le sauveur sain est celui, qui soutient l’autre, de façon désintéressée. Tant qu’il agit ainsi, sans attendre de retour, sans aider l’autre au lieu de trouver l’aide dont il a lui-même besoin, la relation reste saine et stable.

  • le sauveur occasionnel. C’est celui qui, à l’occasion d’un événement difficile (décès, maladie, perte d’emploi), va s’investir dans des relations pour réparer son manque affectif. Il va se sacrifier pour l’autre, en prétendant l’aider, pour mieux supporter sa propre peine.

Chez les sauvés, on note également une palette de profils qui répondent en écho aux comportements des sauveurs.

Inconsciemment le plus souvent, ils entretiennent la dynamique de sauvetage, en encourageant l’autre à leur venir en aide. Il existe deux grandes catégories de profils de sauvés.

Les personnes qui sont dans une attitude de dépendance. Ces sauvés peuvent être déprimés, dépendants, ou bien avec un tempérament autodestructeur. Ils sont angoissés et adoptent une attitude de victime. Ce type de comportement attire malgré lui le sauveur. Le sauvé risque d’entraîner le sauveur, dans une spirale sans fin, où l’un dépend de l’autre à tout instant.

Par ailleurs, le sauvé peut se présenter sous un jour très agréable. Au début de la relation tout semble parfait. Ce deuxième type de sauvé est pourtant un prédateur masqué, qui excite le besoin d’investissement et de sacrifice du sauveur. Ce sont des personnes instables, égocentriques, perfectionnistes, désespérées. Elles provoquent l’autre pour lui faire sentir, comme il est faible et manipulable. Le partenaire se sent alors victime du comportement du sauvé. S’il reste dans une attitude de sauveur, le cercle vicieux perdurera. La personne atteinte du syndrome du sauveur s'enfermera dans une relation toxique.

Sauveur ou sauvé?

Quand nous avons affaire à une personne qui se comporte en sauveuse, il est délicat de savoir si cela relève véritablement d’un comportement problématique. Les relations dans le couple évoluent de façon dynamique: celui qui sauve peut devenir à son tour celui qui est sauvé. Si l’empathie et le soutien sont nécessaires pour des relations affectives épanouies, à partir de quand doit-on se demander si l’on a basculé dans un schéma dysfonctionnel?

La frontière reste floue entre sauvé et sauveur. Mais vous pouvez vous poser les bonnes questions pour déterminer si vous êtes devenu un sauveur au sein de votre couple:

  • Rappelez-vous le début de votre relation. Est-ce que vous étiez idolâtré par l’autre?

  • Est-ce que vous faites particulièrement attention, à vos actes et vos paroles, de peur de lui déplaire?

  • Vous sentez-vous responsable du bonheur, voire de la vie de l’autre?

  • Est-ce que vous avez l’impression de savoir ce qui est bon pour lui?

  • Est-ce que vous faites passer vos propres besoins, après ceux de votre partenaire?

  • En réalité, est-ce que vous restez avec votre partenaire par pure culpabilité, pour ne pas avoir le sentiment de l’abandonner?

  • Avez-vous le sentiment que votre partenaire ne se rend pas compte, de tout ce que vous faites pour lui ou elle?

En répondant par l’affirmative à la majorité de ces questions, vous comprenez qu’il est probable que vous ayez développé un syndrome du sauveur dans votre relation de couple, qui peut se révéler être toxique.

Syndrome du sauveur: conseils pour sortir d’une relation toxique

Pour les personnes atteintes du syndrome du sauveur: comment sortir d'une relation toxique2‌? Il convient avant tout de s’interroger sur son propre fonctionnement.

Observez comment vous réagissez par exemple, lors d’un conflit avec votre partenaire: est-ce que vous l’accusez injustement, est-ce que vous savez exprimer vos besoins de façon authentique? Refaites le film et voyez quelles autres paroles vous auriez pu employer, pour mieux vous respecter ou respecter l’autre. Les mots et les décisions ont un impact important sur l’évolution des relations.

Par ailleurs, revisitez votre enfance et les modèles qu’on vous a inculqués. Avez-vous des figures à qui vous vous identifiez? Quelles sont leurs caractéristiques? Cela devrait vous aider à mettre au clair vos façons d’agir et de penser.

Repensez également à ce qui vous déplaît chez vos parents: sur quels points n’aimeriez-vous pas leur ressembler? Cela peut vous aiguiller sur vos propres besoins non satisfaits: les traits de caractère qui vous heurtent viennent peut-être révéler des manques de l’enfance. La façon dont vous exprimiez vos sentiments, enfant, joue également sur vos schémas relationnels présents: étiez-vous un enfant, qui intériorisait ses émotions, ou au contraire manifestiez-vous ouvertement vos ressentis?

Comment vos parents réagissaient en cas de mauvaise conduite de votre part? Est-ce qu’ils prêtaient suffisamment attention à vous? Les relations que vous avez eu avec vos parents ont forgé en vous des croyances, sur ce que vous pouvez amener dans vos propres relations. Essayez d’identifier ces pensées et de faire la part entre ce que vous avez toujours cru être bon pour vous, et ce qui vous a été présenté comme schémas de fonctionnement relationnel.

De quelle façon vous jugez-vous? Avez-vous tendance à vous positionner en victime du destin ou des circonstances, auquel cas vous auriez une tendance au profil de sauvé? Ou bien êtes-vous dans l’autocritique et la dévalorisation?

L’ensemble de ces questions visent à déterminer l’écart qui existe entre votre personnalité et votre moi idéal, c’est-à-dire la personne que vous aimeriez être. Plus vous avez des attentes exigeantes vis-à-vis de vous-même, plus vous êtes susceptible de souffrir de honte intériorisée, de frustration, d’insécurité affective. C’est le cas quand nous voulons à tout prix nous accomplir et nous réaliser, pour être à la hauteur de ce que nous pensons, que les autres attendent de nous. Au final, cela ne fait qu’engendrer colère, envers soi-même, et empêche d’être dans l’empathie envers soi et les autres.

Retrouver un équilibre, entre l’image de soi et celle que les autres nous renvoient, est une première clé pour sortir d’une relation sauveur-sauvé. En sortant des extrêmes de l’idéalisation et de la dévalorisation, il devient possible de devenir pleinement responsable de ses projections. Ainsi, on évite de projeter sur les autres nos propres besoins et attentes. On redevient responsable de sa vie, sans croire que l’autre a toujours besoin de notre aide ou bien qu’au contraire, sans lui nous ne sommes rien.

Sauveur ou sauvé, la relation d’aide devient toxique, quand elle ne laisse pas la place à l’expression des émotions et des besoins du partenaire. Pour maintenir une relation de couple équilibrée, il est indispensable de veiller à ce que les besoins de chacun soient exprimés dans le respect et l’empathie. C’est ainsi que l’aide au partenaire restera un acte désintéressé et une preuve d’amour. Ainsi, les personnes souffrant du syndrome du sauveur, disposeront d'une relation de couple saine et sereine, non toxique.

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